L'Humus des Mots

In this section you will find photographs that L’Humus des Mots has selected from my Facebook page and published on his wall, accompanied by very inspiring words. I love this kind of associations! :)

Feuillante

Te connaître
Et te perdre
Ma claire ma confuse
Passagère d’une main étoilée
Feuillante –

J’aime la brassée soudaine qui inonde notre soif
Dans les profondeurs aperçues de la halte
Retrait culminant du poème.

Dire
Brusquer l’éclaircie
L’étendre jusqu’au prisme.
Dans les noeuds du bâton
Existe un pays que tu ne saisiras pas
Chemin dévié par le bond.

Dérive intérieure du méandre –
Où demeurer ?
Le feu déborde le repas
Et sa cuisson –
Saison acérée
Intégrale des rives.

Thierry Metz, in Poésies 1978-1997 – Pierre Mainard

 

Nous recevons notre portion d’infini. L’art de vivre ! A-t-on jamais écrit quoi que ce soit de mémorable sur ce sujet ? Par quelles disciplines nous procurer au mieux la vie, quels soins apporter à nos pensées ? Observer ce qui transpire, non pas dans la rue, mais dans mon esprit et dans mon coeur ! Je ne me souviens d’aucune page m’expliquant comment passer cet après-midi. Je ne souhaite pas savoir comment économiser mon temps, bien plutôt comment le passer et le dépenser, par quels moyens m’enrichir, pour que ce jour n’ait pas existé en vain. (7 septembre 1851)

Henry D. Thoreau, in Pensées sauvages – Éditions Le mot et le reste

 

Rien n’est de trop si je consens à la petite écoute intense

Jacques Jouet, in Poèmes de métro – P.O.L  

 

Il repleut pleut re-
pleut ha les effaçures
aux soirs aux matins la lumière
ténuement qui s’opacifie
à l’entrelacs le guingois des ganivelles
aux jardins et taillis buées d’os

Henri Droguet, in Désordre du jour – Gallimard

 

LE PONTON

C’est là que je viendrai
Te retrouver la nuit
Sur cette boîte arrime
Cet incertain en barque
Jetée de mille rêves flottants
Vissés aux poutrelles des sentiments
C’est la rime des chercheurs de nord
Elire les eaux ou le bord

Valérie Chevalier

 

Il eût souhaité rester s’émouvoir
d’un rien
d’une mousse
vers le soir qu’hiver rouille

Pascal Commère, in Prévision de passage d’un dix cors au lieu-dit Goulet du Maquis – Obsidiane

 

Malgré la langue
il n’y a pas de poème

sans arrière-pays

Yvon Le Men, in Parfois l’oiseau, in Chambres d’écho – Rougerie

 

LES CINQ LOIS DE LA NATURE

I
Il n’existe pas cinq lois de la nature.

II
Toutes les définitions sont dans l’erreur.
Demandez à un arbre ou à une pierre.

III
Dans les situations les plus simples, un nombre
infini de lois inconnues sont à l’oeuvre.

IV
Le silence et Dieu sont les produits du néant.

Howard McCord, in Ecouter les cartes (et autres poèmes) – http://www.cequireste.fr/

 

TIERCE

Branle et chambard orgue
à gloire hercynien et rabâchant
mâcheur le vent rous-
caille au cul désidéré
du ciel qui brinqueballe écru
engoncé d’après-pluies
échues et pisseuses
dans l’aube à bourbe tourbe et cendre
l’incolore soleil incinère
des paluds mitoyens faucardés
férocement bossue la morne
eau s’éver-
tue vitreuse sur du roc
Hâtez-vous rebelles promeneuses
aux ponts bleus des hivers
voyez pourpres les roseraies voyez
fleurs à la neige et vergers
d’argent les saules
foudres noires volez
aux inouïes steppes à libellules
fanfares et chamades

Henri Droguet, in Off – Gallimard

 

l’horizon ouvre l’œil
comme une soie qu’enflerait
un souffle d’entrailles

Antoine Choplin, in Tectoniques

 

Écrire sans casser le silence. Écrire, en violation d’un lieu qui se retire : quadrature du texte, visage désencerclé, non-lieu… La rapacité du vide, le calme, — étonne ses proies…

Jacques Dupin, in Une apparence de soupirail

 

Nous avons besoin de petites voix, nous avons besoin de pariétaires dans les anfractuosités des vieux murs.

Paul de Roux, in Au jour le jour, 4, Carnets 1985-1989

 

NOTAIRESSES

Des femmes aux craquantes robes de soie
causent dans le chemin ;
les insectes de l’été
se sont pris dans les balayeuses de leurs robes ;
leur voix est grêle
leur buste fourni
et leurs mains toutes petites ;
la plus pure porte un bouquet de digitales sur son coeur.
Elles n’ont guère plus de vingt ans
et sont pourtant des femmes de notaires ;
avec leurs éventails nacrés
et leur enfance qui s’en va
elles ont déjà posé dans la dorure du siècle ;
le premier corset déposé
dans la chambre à deux
leur laissa un souvenir brûlant
puis il leur devint bon
de frissonner dans une longue chemise
tous cheveux répandus
alors qu’au-dehors sévissaient les tornades
faisant tomber les pommes des hautes branches.

Jean Follain, in Usage du temps

 

C’est une nuit de lisière entre le poème et l’eau
Une nuit de roses arrachées au soleil
Un jour de grand large
Un matin de terre noire et de prénoms livrés au vent
Un midi inutile à force d’être blanc
Et un soir qui découpe les visages au couteau
La nuit revient mentir avec les corsages
Et la lisière frissonne avec les roseaux
Qui festonnent l’été amer
Et marient l’orange et la faux

Lionel Gerin, in Saisons de l’été

 

Il n’y a qu’un remède à l’amour : aimer davantage.

Henry David Thoreau, in Journal

 

Je parle de ce qui ne parle pas,
des muets témoins,
des loutres et des phoques,
des vieux hiboux de la terre.

Hans Magnus Enzensberger, in La fin des hiboux

 

Il faudrait du blanc, beaucoup de blanc, un blanc léger… Ou non, un blanc froid surtout, froid, c’est cela, pas glacial, ceci dit, juste froid, assez froid pour refroidir les esprits échaudés, aussi bien à peine froid certainement et pas trop froid, pas un froid qui morde, par exemple, ni qui pince non plus, frais peut-être suffit, un blanc frais comme sont les draps frais, mais un peu moins caressant, sans doute, un peu moins enveloppant, moins matériel ou moins dense, moins compact ; juste solide, ferme, résistant, sans rien pour la température et la texture qui se fasse trop remarquer. Que ce soit seulement blanc et qu’il n’y ait rien de plus à en dire : pas de place pour d’autre idée que celle de blanc. Blanc, très complètement, continument, consciencieusement blanc, blanc qui occupe tout. Pas du tout un blanc vide. Un blanc tout à fait positif, même si la différence n’est pas très perceptible, il nous faut cela pour avoir l’exacte saveur du blanc, un blanc positif en badigeon, des murs peints en blanc, au rouleau, sans une trace de pinceau.

Noëlle Rollet, in Blanc

 

Tout est loin, ou alors rien n’existe,
si rien ne peut se caresser.

Ramón Sampedro, in Faux-semblant

 

Habitants délicats des forêts de nous-mêmes.

Jules Supervielle

 

FAIRE DE L’EXERCICE

Faire de l’exercice sur le terrain de football
m’est conseillé par tel ou tel.
Sport pour jambes rapides,
dois-je donc m’élancer avec le ballon
dans un match avec des joueurs alertes ?
Ô misère, comme l’âge me contracte les genoux
et a mis avec sarcasme des poids
comprimant mes épaules si bien que je me traîne.
Pourtant j’aime le chemin en escalier, entouré de buissons,
pourtant j’aime suivre le ruisseau,
pourtant j’aime franchir le pont,
et lentement comme une ombre
je vais et suis satisfait
de mes lenteurs
n’éprouvant aucune jalousie
quand je vois un sportif
prompt comme l’éclair.

Johannes Kühn, in À qui appartient ce long cortège de nuages blancs ?

 

L’AUBE POÈME

Un chien hurlait doucement
Et dans le ventre de ce cri
Craquèrent les chaussures
Du premier passant
Les premiers craquements de la campagne
Chantèrent comme des milliers de petites bougies
Et un lourd vaisseau d’oiseaux
Rasa de son ventre la ville
Et bondit en l’air en grondant
Mais voici vraiment le matin
Les brumes séparent encore les collines
Le ciel remonte à son vaste poste
Et les couleurs excessivement roses des toits
Oh ! sont toutes prêtes à m’aider à la joie

Pierre Morhange, in La vie est unique

 

LENTEMENT MONTE LE VRAI

S’éveiller et sentir
son cœur défaillir,
lourd comme une pierre, noir
et bientôt dur…

Lentement se lève la houle,
lentement rougit la forêt du ravin,
lentement s’approchent les feux de l’enfer,
lentement monte le vrai…

Olav H. Hauge, in Bateau de papier

 

Je n’étais pas loin de croire qu’il y avait dans ces lisières quelque chose d’insolite, pas une légende inventée, mais un renversement de tout éclairage connu, un regard qu’il suffit de porter selon un angle qui révèle une autre vision, j’entends bien à jamais autre. Une divergence essentielle.

André Dhôtel, in Lointaines Ardennes

 

Il suffit de poser le oui bien à plat devant soi, sur la table
ou la page, peu importe, un oui en forme de fruit, de
pas-grand-chose, bouquet de fleurs, d’éteules, miettes de
nuages sur un buisson, grain de blé, brin d’herbe, un oui
qui ne se voit pas, qui ne croit en rien d’autre que lui-même,
décision simple, geste intérieur, comme aller au-devant,
ouvrir grand les portes, les fenêtres, la phrase ensuite s’occupe du reste.

Dominique Sampiero, in L’idiot du voyage

 

tentation de me fuir
de moudre ailleurs je m’ouvre
un chemin long comme l’air
puis voyage tonnerre et foudre en bel
au-delà parlé cette débandade
est l’ordinaire du sens
somme toute
dire soleil de la grisaille
nuit du jour la belle affaire
des bruits d’irréalité
nichent en confiance dans le vif
de la vie qui se tourne ivre
du sens frayé par la folie
dont les instants se révèlent
des plaisirs bien debout des
battants de clochette une seule
mastication du silence

Guy Perrocheau, in En volubilité rencontre

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